TRAVAIL DE L’ IMPROVISATION


Pour aborder ce passage , il faut une bonne connaissance des gammes étudiées précédemment ( majeure , mineure harmonique et mineure mélodique ) , et ce sur toute la tessiture de son instrument ( sur tout le manche , diront les guitareux et basseux )

PLUSIEURS REMARQUES IMPORTANTES

- Il faut travailler dans des tempo lents au départ , car il faut une rigueur EXTREME et ne jamais se planter de note .

- Un musicien qui saura jouer de façon élégante et mélodique sur un seul accord , aura toutes les chances de bien jouer quand les accords se compliqueront , avec des changements de tonalité .

- Il n’ y a pas beaucoup de morceaux réellement difficiles si on en ralentit le tempo .

- Ne jamais laisser les doigts courir plus vite que la pensée . L’ improvisation est une histoire de contrôle total de la pensée sur la musique. Il ne faut autant que possible jamais perdre ce contrôle .

- Bien entendu , il faut beaucoup écouter et aussi tenter de décortiquer les musiques et le style des musiciens qu’ on aime ! Ne pas hésiter de temps en temps à essayer de déchiffrer une grille ou une phrase musicale qu’ on apprécie particulièrement . C’ est formateur et ce n’ est jamais du temps perdu !

LA DEMARCHE QU’ ON VA SUIVRE

On va débuter l’ improvisation sans se lancer dans le vide total.

En effet , le défaut du débutant est de parcourir des gammes en laissant ses doigts le guider , cela aboutit invariablement à des phrases peu mélodiques voire moches , et pas pensées .

On va attaquer doucement avec peu de notes , beaucoup de silences ( les silences ne sont pas l’ ennemi de l’ improvisation , bien au contraire ! ) et essayer constamment de penser ce qu’ on joue et qu’ on va jouer l’ instant d’ après .

Cela afin de développer peu à peu l’oreille harmonique et rythmique , développer également le sens de l’ anticipation , ce qui est primordial .

- On va s’ occuper dans un premier temps de l’improvisation sur un seul accord ( cas le plus simple )

- Puis on s’attaquera aux suites d’ accords sur une même tonalité ( cela veut dire une seule gamme en jeu , comme pour l’ impro sur un seul accord )

- Et enfin , on va traiter l’ improvisation sur les suites d’ accords avec changement de tonalité ( cas habituel des standards de jazz par exemple ) , on doit là savoir correctement faire un chiffrage harmonique du morceau , et connaître ses gammes ( majeures , mineures harmoniques , mineures mélodiques , diminuées ) sur le bout des doigts .

A noter qu’ on travaille là avec un logiciel d’ accompagnement automatique , Band-In-a-Box, qu’ il est judicieux d’ acquérir car il vous servira toute votre vie de musicien .

Un autre logiciel important est Transcribe , qui permet de ralentir le tempo d’ une musique sans la détimbrer , ce qui est important pour déchiffrer des passages avec des phrases difficiles .

De toutes façons , les doc ci-dessous contiennent des rythmiques basse-batterie sur lesquelles vous vous entrainerez . Je joue un peu pour vous donner des idées et un aperçu de ce que ça doit donner en niveau « confirmé » , mais c’ est à vous de tourner en rond pendant des mois sur ces rythmiques ( comme les grands musiciens l’ ont tous fait ) , à chercher des idées et des phrasés mélodiques !!!

Il faut déchiffrer de temps en temps , des phrases que vous aimez ou cherchez à comprendre ( attention , tout n’ est pas compréhensible , il y a des choses irrationnelles dans la musique ! )

IMPROVISATION SUR UN SEUL ACCORD

On va commencer par travailler sur un groupe de 2 notes consécutives qu’ on va placer aléatoirement sur une rythmique jouant sur un accord ( ici C majeur , tout notre travail se passera à ce stade sur la gamme majeure , qui est la gamme la plus importante ) . A chaque fois , on choisit une note de la gamme au hasard et on joue la seconde note correspondante :

- 2 notes séparées par une tierce ( doc15 )
attention la tierce sera mineure ou majeure , selon la première note jouée , cela pour rester dans le paquet de notes de la gamme majeure de C . Je vous indique sur le mp3 de doc15 , en tout début , toutes les tierces possibles de la gamme C majeure

- 2 notes contigues ( doc16 )

- 2 notes séparées par une quarte de 2 tons ½ ( doc17 )

- 2 notes séparées par une sixte de 4 tons ½ ( doc18 )



On passe au travail sur groupe de trois notes consécutives , placées aléatoirement sur la rythmique jouant C majeur :

- 3 notes contigues ( doc19)

- 3 notes en forme de tonique-tierce-quinte qui sont des « triades » : on aura donc do-mi-sol , ré-fa-la , mi-sol-si , fa-la-do , sol-si-ré , la-do-mi , et enfin si-ré-fa ( doc20)



On passe au travail sur des groupes de 4 notes consécutives , placées aléatoirement sur la rythmique jouant C majeur :

- 4 notes contigues (doc21)

- 4 notes en forme de tonique-seconde-tierce-quinte , on aura donc do-ré-mi-sol , ré-mi-fa-la , mi-fa-sol-si , fa-sol-la-do , sol-la-si-ré , la-si-do-mi , et enfin si-do-ré-fa (doc22)

- 4 notes contigues sur la pentatonique de C majeure do-ré-mi-sol-la

Cela donne des sonorités très « jazz moderne » . (doc23)

Evidemment , tous ces exercices sont à pratiquer dans toutes les tonalités , une fois que vous commencez à maîtriser correctement celle de C majeure .

Entrainez-vous également à improviser en faisant tourner une rythmique sur un accord mineur : tous les exos en Cmaj seront valables par exemple sur du Dmineur ( degré II de Cmaj = ambiance dorienne ) ou Amineur ( degré VI de Cmaj ) .

Ce sont là des outils pour développer votre oreille harmonique et rythmique , votre rigueur , votre contrôle sur vos actions et même votre patience puisqu’ au début , ce sera un peu ennuyeux peut-être !

A force de pratiquer ces exercices , vous allez entendre des choses , n’ hésitez pas à jouer des bribes de mélodies qui vous viendront et qui seront certainement en rapport avec des musiques que vous avez l’ habitude d’ écouter et d’ aimer .

Le but est , bien évidemment , de sortir peu à peu du jeu scolaire produit par ces outils pour laisser votre créativité s’ exprimer , sans avoir attrapé de mauvais défauts au départ .

IMPROVISATION SUR UNE SUITE D’ ACCORDS D’ UNE MEME TONALITE

Examinons , à titre d’ exemple , la suite d’ accords suivante :

F G7 C D- G7

La première chose consiste à trouver la ou les tonalités dont ces accords font partie .

Pour cela , on va se servir d’ une propriété de la gamme majeure : seul son cinquième degré correspond à un accord de type X7 , X désignant comme en maths n’importe quelle tonique.

Si on considère donc dans notre exemple , que G7 est le 5ème degré d’ une gamme majeure , il suffit de rajouter 2 tons ½ ( ou de descendre de 3 tons ½ ) pour tomber sur le degré 1 ( ici cela donne C )

Serait-on en présence d’ une suite d’ accords issue de la gamme majeure de C ?

On vérifie :

F correspond bien au degré 4 de la gamme majeure de C

G7 correspond au degré 5 de la gamme majeure de C

D- correspond au degré 2 de la gamme majeure de C

On est bien sur une suite d’ accords basée sur la gamme majeure de C .

On dit qu’ on est en tonalité de C majeure .

Les seules notes justes que l’ on puisse jouer sur cette suite ( en accompagnement ou en improvisation ) sont celles de la gamme majeure de C , à savoir do-ré-mi-fa-sol-la-si

Comme pour l’ improvisation sur un seul accord , là encore , on ne va pas partir dans le vide :

Que faire avec ces notes do-ré-mi-fa-sol-la-si , sur la suite d’accords qui défilent ?

Comment donner une cohérence , une mélodie à son improvisation ?

Eh bien , on va se donner une règle de base , qui doit être parfaitement assimilée car elle servira pendant TOUTE votre vie d’ improvisateur .

Cette règle est la suivante :

Pour improviser sur notre suite , on peut jouer n’importe quelle note de la gamme n’importe quand , mais ,

ON VA S’ IMPOSER DE JOUER LA TIERCE DE CHAQUE ACCORD :

- SUR LE PREMIER TEMPS DE CHAQUE ACCORD ( une mesure contenant 4 temps )

- SUR LE PREMIER TEMPS DE CHAQUE CHANGEMENT D’ ACCORD ( notamment quand il y a plusieurs accords par mesure )



C’ est ce que j’appelle la REGLE DES TIERCES .

C’ est au départ très astreignant , mais cela deviendra , à force , un automatisme dont on pourra s’ affranchir et qui constituera une base très solide pour votre phrasé , notamment quand il y a beaucoup de changements de tonalité .

Pourquoi la tierce ? C’ est parceque c’ est la note la plus mélodieuse d’ un accord , bien que les toniques et quintes soient des notes tout aussi importantes , et qui pourront parfois remplacer la tierce dans la règle ci-dessus , parfois la septième pourra donner un effet tout à fait intéressant , très jazz .

Bon ! C est parti pour notre exemple de suite d’ accord :

F G7 C D- G7

- Juste les tierces sont jouées (doc24)

- Les tierces et 3 notes contigues ( doc25)

- Exemple d’ improvisation (doc26)



Voyons une autre suite d’ accords , les 4 premières mesures d’ un standard de jazz très joué dans les jam-sessions , All the things you are :

F- Bb- Eb7 Ab

Premier réflexe : chercher un accord de type X7 , ici ce sera Eb7

Je suppose que c’ est un degré V .

Cela implique que la tonalité soit en Ab

Je vérifie la supposition :

- F- est bien le degré 6 de la gamme majeure de Ab

- Bb- en est le degré 2

- Ab le degré 1

Tout colle parfaitement .

Je n’ ai plus qu’à appliquer la règle des tierces :

- Exemple d’ improvisation (doc27)


A vous de jouer .

Beaucoup de chansons courantes sont basées sur une seule tonalité .

Entraînez-vous à en reconnaître la tonalité et à improviser dessus .

IMPROVISATION SUR UNE SUITE D’ ACCORDS AVEC UN OU PLUSIEURS CHANGEMENTS DE TONALITE

C’ est la partie la plus ardue de l’ improvisation .

Certains morceaux de musique peuvent être très complexes , par exemple en raison d’ un grand nombre de changements de tonalité , avec parfois , en prime , un tempo soutenu !

Ici , on aborde les standards de jazz , où de grands improvisateurs comme Charlie Parker , John Coltrane , Keith Jarrett , Herbie Hancock , ou Michaël Brecker , pour n’ en citer que quelques-uns , ont placés la barre très très haut …

La démarche va bien évidemment consister à repérer toutes les tonalités présentes dans le morceau , écrire le chiffrage harmonique du morceau , puis jongler avec toutes les gammes en présence .

On appelle ces changements de tonalité des modulations .

Premier exemple

Prenons une grille simple :

C A7 D- G7

Si on prend A7 comme point de départ ( degré 5 d’ une gamme qu’ on va chercher à identifier ) , on voit que c’ est un degré 5 de la gamme mineure harmonique ou mélodique de D , les autres accords C , et G7 ne collant pas à ces gammes .

Si on considère G7 comme un degré 5 , c’ est le degré 5 de la gamme majeure de C et les accords D- et G7 collent à l’hypothèse , respectivement comme degré 2 et 5 de la gamme majeure de C , seul le A7 ne colle pas .

On est là en présence d’ un morceau avec une modulation :

Le morceau commence en tonalité de C majeure ( 1ère mesure ), module en tonalité de D mineur harmonique sur le A7 ( 2ème mesure ) puis revient en tonalité de Cmajeure sur D- et G7 .

En conséquence , sur la première mesure , on joue en C majeure , puis en D mineur harmonique sur la seconde mesure , pour revenir en C majeur sur les deux dernières mesures .

On va encore jouer la règle des tierces ici , pour essayer d’ avoir un phrasé mélodique et cohérent .

Pour rappel , on pourra peu à peu s’ affranchir de cette règle lorsqu’ elle sera devenue un automatisme et qu’ on commencera à ressentir et entendre des phrasés plus complexes .

Par contre , elle restera importante lors du changement de tonalité , je m’ explique :

Lorsqu’ on change de tonalité , on change de gamme , et la meilleure façon d’ entrer dans la nouvelle tonalité est de jouer la tierce du premier accord de la nouvelle tonalité .

C’ est la façon la plus sûre de changer de tonalité de façon mélodique et élégante !

(doc28) une tierce

(doc29) trois notes

(doc30) niveau pro

Deuxième exemple

Voici un des morceaux-star des jam-sessions : Autumn leaves

(doc31) grille de « Autumn leaves »

Comme d’ habitude , on va repérer les accords de type X7 ,émettre l’ hypothèse que ce soient des degrés 5 d’ une tonalité et voir si c est justifié .

Premier accord de type X7 : on a ici F7

Si c’ est un degré 5 , cela donnerait une tonalité de Bb majeure , le C- serait le degré 2 , bien évidemment le Bbmajeur7 le degré 1 , le A-5b7 le degré 7 , le A- le degré 6 .

L’ hypothèse est manifestement bonne mais il y a un petit souci , le D7 qui ne peut être le degré 3 car en ce cas il devrait être un accord mineur .

Prenons l’ hypothèse qu’il soit un degré 5 , cela donnera une tonalité de G mineur harmonique .

Le A-5b7 devient degré 2 de la tonalité de G mineur harmonique et le G- évidemment le degré 1 .

Et voilà , on a presque bouclé l’ analyse du morceau .

Il y a donc 2 tonalités principales ( proches car l’ une est la relative de l’ autre ) dans ce morceau : Bb majeure et Gmineur harmonique ( Gmh ) , qui se retrouvent imbriquées partout dans le morceau .

Mais il reste quelques petites subtilités :

- un G7 isolé à la 8ème mesure , c’ est un degré 5 de Cmm ou Cmh au choix

- un enchaînement de 2 / 5 sur la fin : à la 27 et 28ème mesure , on a un Gm7/C7 ( tonalité de F majeur ) et Fm7/Bb7 ( tonalité de Eb majeur )

On va donc appliquer notre règle des tierces , surtout au moment des modulations où il s’ agit de ne pas rater les tierces des premiers accords de chaque modulation .

(doc32)une tierce

(doc33)trois notes

(doc34) niveau pro

Troisième exemple : Stella by starlight

Voilà un morceau plutôt complexe , typique des standards de jazz , qui demande déjà une certaine aisance , un sens de la mélodie .

Mais une fois assimilé , il ne pose plus de problème particulier , il n’ est pas joué dans des tempos soutenus , il n’ a pas de suite d’ accords bizarres ni d’ accords inhabituels .

Voici sa grille avec le chiffrage harmonique qui va avec .

Le chiffrage harmonique a été trouvé avec notre méthode habituelle . Signalons qu’ avec la pratique , le musicien confirmé voit et ressent instantanément ce chiffrage , par un mélange d’ instinct , de détection de clichés visuels ( il voit de suite les séquences II / V / I ) et par son oreille .

(doc35) grille

- Quelques observations :

A la 11ème et 19ème mesures , nous avons des accords isolés de forme X-7 , vous avez le choix pour la gamme mineure à jouer . Personnellement, je choisirais le mode dorien ( gamme de Bbmaj pour C-7 et gamme de Cmaj pour D-7 )

A la 17ème et 18ème mesures , c’ est le début d’ un V / I mineur , on a le choix entre Cmm ou Cmh , ou mieux G altérée ( donc Abmm )

(doc36) impro simple

- Ici , on récapitule plus ou moins ce qu’ on a appris , phrases par groupe de 3 ou 4 notes , quartes , démarrages des premiers temps en tierces , passages de tonalité par la tierce

(doc37) impro pro

Quatrième exemple : So What

J’ ai tenu à parler de ce morceau car ça me permet de parler de l’ approche modale d’ un morceau .

« So what » s’ y prête , car il n’y a que 2 accords ( et 2 tonalités) sur de longues plages qui permettent de développer tranquillement des climats particuliers procurés par des « modes » choisis judicieusement .

Le thème de ce morceau ( 1ère tonalité en D- ) est basé sur le degré 2 de la gamme majeure de C ( vous pourrez vérifier , ce sont bien le paquet de notes de cette gamme )( de même que la seconde tonalité Eb- est basée sur le degré 2 de C# majeure ) .

En musique classique , on dit que c’est le mode de ré dorien .

Le mode dorien est une ambiance très prisée du jazz moderne ( Footprints de Wayne Shorter , Impressions de John Coltrane en sont d’ autres exemples ) car c’ est un climat un peu planant , moderne .

En général , quand un jazzman improvise sur un accord mineur isolé , il choisit le mode dorien .

Arrivons à l’ improvisation .

Prenons le premier accord D- que l’ on va avoir à traiter sur 16 mesures .

Supposons que je sois un pianiste qui aime jouer avec les climats musicaux et que le bassiste , fort intelligemment , me joue une pédale de D au début de l’improvisation ( une pédale de D , c’ est la note unique de ré , jouée de façon répétée ou obsessionnelle ) , car il attend dans quelle direction je vais aller .

Alors je peux jouer dorien , mais je peux également développer le climat moyen-oriental de D- harmonique , ou le climat un peu mystérieux de D- mélodique ou le mode phrygien de D ( = je joue la gamme majeur de Bb , mon accord D- devient le degré 3 de Bb majeure).

Et encore , là , je suis sage car tout pianiste a le grand avantage de s’ accompagner lui-même , donc de pouvoir soutenir fortement le choix du mode qu’ il va jouer , et peut donc aller très loin , par exemple en jouant sur une tonalité majeure extérieure à D- !! .

Le bassiste va évidemment jouer en conséquence et accompagner également le mode choisi par son soliste , et parfois rester sagement sur la note de D s’il n’ arrive pas à identifier le mode en jeu ! .

Le grand maître de cette approche est sans conteste Herbie Hancock , qui peut parfaitement transformer un morceau qu’ on connaît bien en un morceau qu’ on ne reconnait plus !!! ( mais il suffit de bien écouter le bassiste qui donne les toniques des accords de la grille )

Prenons un saxophoniste , par exemple Michael Brecker , qui aimait jouer sur les modes.

Il va avoir besoin d’ un bassiste et un pianiste très performants pour pouvoir être accompagné correctement , s’ il veut jouer modal.

(doc38)dorien

(doc39)mineur harmonique

(doc40)mineur melodique

(doc41) phrygien

On retiendra qu’ une approche modale d’un morceau se pratique quand on a un accord sur plusieurs mesures , le temps pour le soliste de développer le mode qu’il s’est choisi et le climat afférent à ce mode, donc cela nécessite des musiciens-accompagnateurs avertis pour savoir accompagner le soliste sans le gêner .

LES II / V / I MAJEURS ET MINEURS

Les séquences II / V / I méritent qu’ on leur consacre un chapitre entier .

Elles sont non seulement très courantes dans la musique , parfois sous les formes tronquées II / V ou V / I , mais elles constituent un outil pour faire des arrangements , et également un outil pour diversifier le phrasé lors des improvisations .

Prenons un II / V / I basique en tonalité de C majeur :

D- G7 C

On peut jouer la gamme majeure de C et tout se passera bien .

Le G7 ( appelé accord 7ème de dominante ) est un accord dit « de transition » car il donne à l’ auditeur l’ envie d’ entendre comme accord suivant le C , comme une sorte de soulagement .

C’ est le principe de tension- résolution

G7 crée une tension , C la résoud .

Ce principe est universel , quasi- philosophique ! Il donne du mouvement , de la vie à la musique .

Lorsqu’ un batteur joue un roulement pour faire une relance , c’ est une tension-résolution .

Lorsqu’un couple d’ amoureux se dispute pour mieux se retrouver , c’ est de la tension-résolution !

On disait donc , G7 crée une tension , C la résoud .

On peut accentuer fortement la tension sur le G7 en y rajoutant une ou des fausses notes , et selon le principe tension-résolution , une fausse note ne sera plus une fausse note , mais une tension , tout est dans l’ art de la résolution qui doit suivre , elle soulagera l’ auditeur , il va donc falloir la faire de manière mélodique et élégante ( une tension mal résolue sera perçue comme une ou des fausses notes !!! ) :

- Une façon de créer une forte tension , qui tombe sous le sens , est de jouer G7 altéré sur le G7 ( ie le degré 7 de Ab mineur mélodique ) , toutes les altérations du G7 ( 5b , 5# , 9b , 9# ) sont autant de notes-tensions . (doc42 )

- On peut jouer une gamme diminuée sur le G7

(doc43)

- On peut jouer une autre tonalité sur le G7

(doc44)

- On peut jouer une phrase atonale ( en gros , une phrase qui n’ a pas de tonalité propre , ie une phrase « n’ importe quoi » mais mélodique ! )

Une fois qu’ on est passé maître dans cet art de haute voltige qu’ est la tension-résolution dans le II / V / I , on va pouvoir l’ appliquer ailleurs afin d’ acquérir plus de liberté dans son improvisation :

Prenons un bout de grille comme suit :

Bb- % % %

Je peux jouer sur une seule gamme ( par exemple Bb- dorien ) et éviter de tourner en rond en variant la rythmique de mon phrasé .

Je peux aussi considérer l’ aspect harmonique , et artificiellement interpréter la grille , par exemple , comme suit ( alors que l’ orchestre joue la grille normale ) :

F7 % Bb- %

Voilà qui va ouvrir mon phrasé , mettre du mouvement dans un passage musical statique .

Et là , je peux placer ma science du II / V / I !!! ( gamme altérée , diminuée , tonalité externe , phrase atonale …)

Il faut juste être un peu culotté , audacieux .

Il faut juste ne pas se rater pour résoudre la tension que l’ on a créée !



SOMETIME AGO

SOMETIME AGO for bass